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Un homme en pull sombre, debout près d'une fenêtre au crépuscule, lit un message sur son téléphone d'un air sérieux

Sécurité

Sextorsion : que faire quand on vous menace, sans payer

Chantage aux images intimes : comment le scénario se déroule, les gestes des premières heures, les signalements utiles et pourquoi il ne faut jamais payer.

Si quelqu’un vous menace de diffuser des images intimes à moins que vous payiez, la bonne réponse tient en quatre gestes : ne plus répondre, ne rien envoyer de plus, ne pas payer, et conserver les preuves avant de déposer plainte. Cybermalveillance.gouv.fr donne cette ligne de conduite, et elle repose sur un constat simple : un chantage qu’on alimente grossit, un chantage qu’on laisse sans réponse perd de sa force. Cet article détaille chaque étape, pour que vous sachiez quoi faire dans la première heure, dans la première journée, puis dans les semaines qui suivent.

Si vous lisez ceci parce que vous êtes en pleine crise, commencez par l’encadré ci-dessous et revenez au reste ensuite. Vous n’êtes ni le premier ni le seul, et vous n’avez pas besoin de comprendre toute l’affaire pour arrêter de l’aggraver.

Comment se déroule une sextorsion

La sextorsion est une escroquerie qui démarre généralement sur un site de rencontre, un réseau social ou une messagerie instantanée. Elle a l’air d’une rencontre ordinaire, jusqu’au moment où elle cesse de l’être. On y retrouve le plus souvent quatre temps.

  1. Le contact flatteur. Un profil séduisant, souvent un faux, engage la conversation, se montre disponible et complice. Il n’est pas là pour une rencontre, il est là pour obtenir quelque chose de vous.
  2. Le changement de canal. L’interlocuteur propose de passer sur une autre plateforme ou une autre messagerie. Cybermalveillance.gouv.fr conseille de se méfier de toute personne qui incite à quitter le service où la rencontre a eu lieu : ce détour échappe à la modération.
  3. L’échange intime. L’interlocuteur propose des échanges en vidéo ou des photos à caractère sexuel. Selon la fiche officielle, la victime qui accepte ces échanges reçoit ensuite un message lui signifiant qu’ils ont été enregistrés.
  4. Le chantage. L’escroc menace de divulguer les enregistrements publiquement ou à vos contacts, que l’on retrouve sur vos réseaux, si vous ne payez pas une rançon ou ne fournissez pas d’autres contenus intimes.

Pour vous situer dans ce déroulé, cherchez la phrase d’enclenchement : « j’ai tout enregistré ». C’est elle qui annonce le chantage.

Il n’y a pas toujours eu d’échange préalable

Le point est important, parce qu’il évite à des hommes de se sentir coupables d’un geste qu’ils n’ont jamais fait. Cybermalveillance.gouv.fr décrit deux autres cas de figure. Dans le premier, l’escroc a récupéré des contenus intimes dans un compte que la victime avait déjà en ligne, après avoir piraté une messagerie ou un réseau social. Dans le second, il a fabriqué un montage en apposant le visage de la victime sur des images à caractère sexuel. Dans les deux cas, la menace est la même, et la réponse aussi.

Les dix premières minutes : couper sans s’effondrer

La panique est le meilleur allié du maître chanteur. Il a besoin d’un message rapide, d’une réaction émotionnelle, d’un virement fait dans l’heure. Voici l’ordre qui désamorce ce piège, tiré de la fiche de Cybermalveillance.gouv.fr et complété de quelques conseils de la rédaction ; pour l’ensemble des risques et des dispositifs, notre guide de sécurité donne la carte complète.

  1. Cessez de répondre. En répondant, vous indiquez votre intérêt, voire votre angoisse, et le maître chanteur peut en profiter pour accentuer sa pression.
  2. Ne payez pas, n’envoyez rien de plus. Les contenus supplémentaires arrachés sous la contrainte servent à renforcer le chantage, non à l’arrêter.
  3. Faites vos captures d’écran. Messages, profil, nom du compte, date, heure, demande d’argent, coordonnées de paiement s’il y en a. Notre conseil : faites-les avant de bloquer, car un compte bloqué peut ensuite devenir difficile à retrouver.
  4. Bloquez l’interlocuteur sur toutes les messageries et réseaux où il est présent.
  5. Verrouillez vos comptes. Passez vos réseaux sociaux en privé, de façon que seuls vos contacts puissent y accéder. L’objectif : empêcher l’escroc de vous associer à vos amis, votre famille et vos collègues.
Un homme assis à un bureau bien rangé, avec un ordinateur, un téléphone et un carnet, rassemble calmement ses éléments de preuve
Captures d'écran, noms de comptes, dates et heures : rassemblez les preuves avant de bloquer.

Une fois ces gestes accomplis, prenez cinq minutes. Un verre d’eau, un appel à un proche : n’importe quoi qui vous sorte de l’urgence. Rien de ce que vous venez de faire ne dépend d’une réponse immédiate.

Pourquoi payer ne règle rien

C’est la question que l’on se pose en premier, et il faut y répondre sans condescendance. Payer paraît rationnel : la somme demandée est parfois modeste, et l’on voudrait que tout s’arrête. Mais la fiche officielle est limpide. Les cybercriminels ne se contentent généralement pas d’un seul paiement, et vous n’aurez jamais la garantie de faire cesser le chantage. À chaque versement, l’escroc constate que la menace fonctionne, ce qui n’incite guère à s’arrêter.

On peut formuler le raisonnement autrement. Le maître chanteur a investi du temps pour constituer un dossier. S’il gagne de l’argent avec, il le garde en réserve. S’il n’en gagne pas, il passe à la cible suivante, car son modèle économique repose sur le nombre de victimes, pas sur l’acharnement contre une seule personne. Cette lecture est la nôtre, elle n’est pas une promesse : personne ne peut garantir ce que fera un escroc. Elle explique pourtant pourquoi le silence est la réponse la plus sûre. Si une demande de placement ou d’investissement s’ajoute au chantage, lisez le scénario de l’arnaque à la romance et à l’investissement.

Et si l’on a déjà payé ?

Il est fréquent de lire la fiche en ayant déjà versé de l’argent, une fois ou plusieurs. Rien n’est perdu pour autant. Cessez dès maintenant tout nouveau paiement, même si l’escroc promet de tout effacer. Prévenez votre banque : Service-Public indique qu’on peut lui demander de faire opposition, de contester les opérations effectuées et de demander un remboursement, sans qu’aucun remboursement soit garanti. Joignez les preuves de versement à votre plainte. Le fait d’avoir payé ne retire rien à votre droit de porter plainte : la loi réprime le chantage, pas la victime.

Prévenir ses contacts sans se justifier

La crainte la plus pesante n’est pas l’argent, c’est le regard des autres. Le maître chanteur le sait et s’appuie dessus. La fiche de Cybermalveillance.gouv.fr propose un geste libérateur : prévenir discrètement les personnes susceptibles d’être contactées. Un message sobre suffit, sans entrer dans le détail :

« Je suis victime d’une escroquerie en ligne. Si une personne inconnue vous contacte à mon sujet, ne l’ouvrez pas, ne partagez rien et ne répondez pas. »

Ce message peut retirer une partie de sa force à la menace, parce qu’un contenu annoncé d’avance comme une manœuvre d’escroc perd son effet de surprise. Vous n’avez rien à expliquer de plus : ni ce qui s’est passé, ni comment. Un chantage qui s’est vidé de son effet de surprise est un chantage qui ne rapporte plus.

Si les images circulent déjà

Dans le pire des cas, le contenu a été publié. Il faut alors agir sur deux plans en parallèle : retirer l’image de l’endroit où elle est hébergée, et la faire disparaître des résultats de recherche. Cybermalveillance.gouv.fr décrit la procédure.

  • La suppression à la source. Demandez au site ou au réseau social qui héberge le contenu de le retirer. Si le site ne répond pas sous un mois, une plainte peut être déposée auprès de la CNIL.
  • Le déréférencement. Demandez que les contenus compromettants ne soient plus référencés par les moteurs de recherche. La fiche précise qu’il faut faire la demande auprès de chaque moteur concerné.
  • Le 3018. Cette ligne d’écoute est ouverte 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h, appel et service gratuits. Elle s’adresse aux personnes confrontées au cyberharcèlement ou aux violences numériques, et peut intervenir auprès des réseaux sociaux pour aider la victime à faire supprimer les contenus qui lui portent préjudice.
Un homme s'adresse calmement à une policière derrière un comptoir d'accueil, dans un commissariat
Au commissariat, les services sont obligés d'enregistrer votre plainte.

Signaler et porter plainte : deux démarches différentes

On confond souvent ces deux gestes, qui ne servent pas au même but. Les distinguer évite de croire que l’on a « porté plainte » alors qu’on a seulement signalé.

Le signalement sur Pharos

Pharos est le portail officiel de signalement des contenus illicites de l’internet. Il vise les contenus publics, c’est-à-dire visibles et disponibles pour tous, ou les comportements illicites constatés sur un site, un réseau social, un forum ou un tchat. Le formulaire est guidé, et vous pouvez renseigner vos coordonnées si vous le souhaitez. Un policier ou un gendarme traite le signalement. La page officielle prévient toutefois que, sauf exception, Pharos ne vous recontactera pas, et que le signalement ne doit pas concerner une affaire privée avec une personne que vous connaissez. Un chantage mené dans une conversation privée relève surtout de la plainte, tandis que Pharos sert d’abord à signaler un contenu public ou un compte visible.

La plainte, qui fait de vous une victime reconnue

La plainte est la seule démarche qui ouvre la voie à une enquête sur votre affaire. Plusieurs portes d’entrée existent, toutes décrites par Service-Public :

  • Sur place, dans le commissariat ou la gendarmerie de votre choix. Les services sont obligés d’enregistrer votre plainte, même si les faits ne relèvent pas de leur zone géographique. Vous recevez un récépissé et, si vous la demandez, une copie de votre plainte. Apportez vos captures d’écran.
  • Par courrier, adressé au procureur de la République du tribunal judiciaire, avec une description des faits et vos preuves.
  • En ligne, sur THESEE, dans les cas prévus. Parmi eux, Service-Public cite le chantage ou les menaces lors d’une relation amoureuse ou amicale sur internet. THESEE est recommandé, mais jamais obligatoire : la police ou la gendarmerie ne peut pas vous l’imposer.

Pour un récapitulatif complet des démarches, dans l’ordre, lisez notre article sur la marche à suivre quand on est victime d’une arnaque sentimentale.

Ce que dit la loi

Le chantage est un délit défini par le Code pénal. Le texte consolidé le punit de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende, ces peines étant portées à sept ans et 100 000 € lorsque le chantage est exercé par un service de communication au public en ligne au moyen d’images ou de vidéos à caractère sexuel, ou en vue d’en obtenir. Cybermalveillance.gouv.fr retient la même peine de sept ans et 100 000 € pour la sextorsion.

La fiche mentionne aussi l’accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données, quand les images ont été obtenues en piratant un compte : trois ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende, portés à cinq ans et 150 000 € si des données ont été supprimées ou modifiées, ou si le fonctionnement du système a été altéré. Ces peines sont celles que la loi prévoit, elles ne présument pas de la décision d’un juge dans votre affaire.

Pour comparer les gestes utiles et les gestes à éviter

À faire À éviter
Cesser de répondre, bloquer Négocier, supplier, « gagner du temps »
Faire des captures d’écran complètes Supprimer les messages ou le compte avant de les avoir sauvegardés
Verrouiller la visibilité de ses comptes Laisser ses listes d’amis et de collègues accessibles
Prévenir discrètement ses proches Attendre que l’escroc le fasse à votre place
Déposer plainte avec les preuves Se contenter d’un signalement en croyant avoir porté plainte
Appeler le 3018, le 116 006 ou le 0 805 805 817 Rester seul face à la honte

Se prémunir sans renoncer aux rencontres

Aucune règle n’élimine tout risque, mais quelques habitudes en réduisent beaucoup les effets. Faites attention à qui vous parlez, méfiez-vous des changements de plateforme (un point que souligne Cybermalveillance.gouv.fr), protégez vos comptes avec des mots de passe différents et la double authentification, restreignez la visibilité de vos informations sur les réseaux, et gardez la plus grande vigilance avant de communiquer des informations intimes à une personne que vous n’avez pas rencontrée.

Notre propre conseil, qui n’engage que la rédaction, est plus simple encore : réservez les échanges intimes à une personne que vous avez rencontrée physiquement, et dont vous connaissez l’entourage. C’est le seul filtre qui fonctionne contre un escroc, car il ne se présente jamais en personne. Si vous cherchez une application où les profils sont mieux contrôlés, notre pilier sites et applications de rencontre détaille les critères à regarder.

La honte n’est pas un argument

Pour finir, une phrase à garder en tête. Le maître chanteur n’est fort que de votre silence. La honte est son principal outil, et c’est un outil qu’il fabrique lui-même : il vous fait sentir fautif d’avoir fait confiance, alors que la faute est entièrement de son côté. Demander de l’aide, déposer plainte, prévenir ses proches, ce sont des gestes ordinaires, que des services entiers sont chargés d’accueillir sans jugement. Plus vous les faites tôt, moins l’escroc garde de prise.

Questions fréquentes

Pourquoi ne faut-il pas payer un maître chanteur ?

Cybermalveillance.gouv.fr l'explique ainsi : les cybercriminels ne se contentent généralement pas d'un seul paiement et vous n'avez jamais la garantie de faire cesser le chantage. Payer encourage aussi l'escroc à continuer et à piéger d'autres personnes.

Faut-il supprimer son compte tout de suite ?

Non, pas avant d'avoir conservé les preuves : captures d'écran des messages, du profil, des menaces et des demandes d'argent. Verrouillez en priorité la visibilité de vos comptes de réseaux sociaux pour que le maître chanteur ne puisse plus accéder à votre liste de contacts, puis bloquez-le.

Peut-on déposer plainte en ligne pour une sextorsion ?

Oui, dans certains cas. Service-Public indique que le service THESEE permet de déposer plainte en ligne en cas de chantage ou de menaces lors d'une relation amoureuse ou amicale sur internet. Cybermalveillance.gouv.fr précise qu'on peut aussi se rendre au commissariat, à la gendarmerie ou écrire au procureur de la République. L'usage de THESEE n'est jamais obligatoire.

Que faire si les images ont déjà été publiées ?

Demandez la suppression au site ou au réseau social qui les héberge, puis le déréférencement auprès de chaque moteur de recherche concerné. Si le site ne répond pas sous un mois, Cybermalveillance.gouv.fr indique qu'une plainte peut être déposée auprès de la CNIL. Le 3018 peut aussi intervenir auprès des réseaux sociaux pour aider à faire supprimer les contenus.

Qui peut m'écouter et m'aider gratuitement ?

Le 3018 (7 jours sur 7, de 9 h à 23 h, appel et service gratuits) écoute les personnes confrontées à des violences numériques. France Victimes (116 006, de 9 h à 19 h, 7 jours sur 7) accompagne dans les démarches, et Info Escroqueries (0 805 805 817, de 9 h à 18 h 30 du lundi au vendredi) conseille sur les démarches à suivre.