
Victime d'une arnaque sentimentale : les démarches dans l'ordre
Preuves, banque, 17Cyber, THESEE, commissariat, Pharos, aide aux victimes : la procédure complète après une arnaque sentimentale, étape par étape.
Quand on découvre qu’on a été trompé par une personne rencontrée en ligne, la bonne méthode tient en une séquence : arrêter tout versement, conserver les preuves, prévenir sa banque, puis signaler et porter plainte par la voie qui correspond à sa situation. Ce n’est pas un parcours compliqué, mais l’ordre compte, parce que certains gestes sont urgents et d’autres peuvent attendre quelques jours. Cet article met chaque étape à sa place, avec les services officiels français, leurs conditions et leurs numéros, tels que nous les avons lus à la source pour cette rédaction.
Il s’adresse à des hommes qui viennent de réaliser ce qui leur arrive, ou qui le soupçonnent depuis quelques jours sans savoir par où commencer. Il ne remplace pas un avocat ni un officier de police, qui jugeront votre situation précise. Il vous donne simplement la carte.
Avant tout : ce qu’il ne faut pas faire
Dans les premières heures, les erreurs coûtent plus cher que les oublis. Trois réflexes sont à écarter tout de suite.
- Ne pas payer « pour récupérer » ses fonds. Cybermalveillance.gouv.fr avertit que les victimes sont très souvent recontactées, dans les semaines ou les mois qui suivent, par d’autres escrocs qui proposent de retrouver l’argent, et que de faux services de récupération de fonds perdus existent. Il ne faut pas leur donner suite.
- Ne pas poursuivre la discussion. Cesser tout échange avec l’escroc évite un préjudice encore plus important. Y compris pour lui dire que vous avez compris : il n’y a aucun intérêt à le faire.
- Ne pas supprimer ses conversations. Elles sont vos preuves. Même si elles vous font mal à relire, laissez-les telles quelles.
Ajoutons une chose qui n’est pas technique. Vous avez été trompé par une personne dont c’est le métier. La honte que l’on ressent est compréhensible, elle n’est pas fondée, et elle n’a aucune place dans la procédure qui suit.
Étape 1 : geler la situation
Avant de rassembler quoi que ce soit, arrêtez l’hémorragie. Aucun nouveau virement, aucun envoi de carte cadeau, aucun transfert de cryptomonnaies, aucune installation d’application à la demande de l’interlocuteur. Si vous avez communiqué des codes, des identifiants ou une pièce d’identité, changez vos mots de passe depuis un appareil sûr, activez la double authentification, et gardez la liste de ce que vous avez transmis : elle vous servira plus loin. Pour comprendre le scénario dont vous sortez, lisez l’arnaque à la romance et à l’investissement en cinq étapes.
Étape 2 : constituer le dossier de preuves
Service-Public insiste sur ce point : il faut collecter un maximum de preuves, et de préférence des preuves datées, par exemple des messages avec l’heure et la date. Ces éléments sont essentiels, que vous signaliez l’escroquerie ou que vous déposiez plainte. Dressez la liste suivante, sans chercher à tout trier :
- le numéro de téléphone de l’auteur des faits et son pseudonyme sur chaque service ;
- les captures d’écran des échanges sur internet, avec le nom du compte, la date et l’heure visibles ;
- les SMS reçus ;
- les enregistrements de conversations téléphoniques ou en visioconférence, si vous en avez ;
- les justificatifs de paiement : relevés bancaires, ordres de virement, reçus, références de transaction, adresses de portefeuille si des cryptomonnaies ont été envoyées ;
- pour un faux placement, les coordonnées du site, le nom de la société annoncée, les contrats signés, l’annonce ou le message qui vous a poussé à investir.

Rangez le tout dans un seul dossier, numérique et, si possible, imprimé. Un classement chronologique, du premier message au dernier paiement, rendra la plainte beaucoup plus lisible pour la personne qui la prendra. Cette organisation en frise est un conseil de la rédaction, non une exigence officielle.
Étape 3 : prévenir la banque
Si l’escroc détient vos informations bancaires, ou si vous avez effectué des virements, appelez votre banque le jour même, par un canal officiel, c’est-à-dire en utilisant le numéro figurant sur votre carte ou votre espace client, jamais celui que l’on vous aurait communiqué dans la conversation. Service-Public indique qu’il faut contacter sa banque afin de faire opposition, de contester les opérations effectuées et d’obtenir un remboursement. La façon de procéder dépend des renseignements communiqués : un numéro de carte bancaire d’un côté, un numéro de compte qui permet des virements de l’autre.
Cybermalveillance.gouv.fr recommande, pour un placement frauduleux, de faire opposition au virement au plus vite. Aucun organisme officiel ne promet qu’un remboursement sera obtenu. Plus vous prévenez tôt, plus vous donnez de chances à la démarche. Demandez par écrit, ou par la messagerie sécurisée de votre banque, la confirmation de ce qui a été fait.
Étape 4 : faire le diagnostic sur 17Cyber
17Cyber est un service d’assistance en ligne proposé conjointement par la Police nationale, la Gendarmerie nationale et Cybermalveillance.gouv.fr. Il propose un diagnostic de votre situation, vous oriente vers la démarche adaptée, permet de signaler une escroquerie ou un contenu illicite, et donne accès au dépôt de plainte. C’est un excellent point de départ si vous hésitez sur la voie à emprunter ; notre guide de sécurité rassemble les autres dispositifs et les signaux d’alerte.
Étape 5 : choisir la voie de la plainte
C’est l’étape qui pose le plus de questions, et qui est pourtant la plus simple une fois que l’on a lu la règle. Service-Public distingue plusieurs cas, que voici résumés.
| Votre situation | Voie recommandée | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| La relation est restée virtuelle, une demande d’argent a été faite | Plainte en ligne sur THESEE | Aucun versement n’est nécessaire : une demande d’argent suffit |
| Même situation, avec chantage en ligne | THESEE, rubrique chantage | 3 conditions : relation virtuelle, chantage, demande d’argent |
| Vous avez rencontré l’auteur des faits | Commissariat ou gendarmerie de votre choix | La plainte en ligne n’est pas ouverte dans ce cas |
| Vous préférez un dépôt en personne | Commissariat, gendarmerie, ou courrier au procureur | Possible quelle que soit la situation |
| Vous ne connaissez pas l’identité de l’auteur | Plainte contre X | Possible, Service-Public l’indique expressément |
La plainte en ligne sur THESEE
Si les conditions sont réunies, vous pouvez déposer plainte depuis la plateforme THESEE, accessible depuis Service-Public. La plainte est ensuite transmise à la Police nationale pour traitement. Service-Public précise que l’usage de THESEE est recommandé mais non obligatoire : ni la police ni la gendarmerie ne peuvent vous l’imposer. Préparez votre dossier avant de commencer, notamment les références du ou des paiements.
Une précision importante, pour ne pas confondre : le signalement sur THESEE n’est pas une plainte. Il informe les services d’enquête de l’infraction pour les aider à identifier l’auteur, mais vous n’êtes pas tenu informé des suites. Si vous voulez être reconnu comme victime et obtenir un récépissé, c’est bien une plainte qu’il faut déposer.
La plainte sur place ou par courrier
Rendez-vous dans le commissariat ou la gendarmerie de votre choix, avec vos preuves. Service-Public précise que les services sont obligés d’enregistrer votre plainte si vous êtes victime d’une infraction, et qu’ils doivent la recevoir même si les faits ne relèvent pas de leur zone géographique. À la fin de l’audition, on vous remet un récépissé, preuve du dépôt, et une copie de votre plainte si vous la demandez. Conservez-les : ils vous serviront dans vos autres démarches.
Vous pouvez aussi écrire au procureur de la République du tribunal judiciaire du lieu des faits ou du domicile de l’auteur, en décrivant les faits et en joignant vos justificatifs. Pour certaines infractions, une visioplainte existe également.

Le délai pour agir
Le délai pour déposer plainte est de 6 ans à compter de la commission des faits si aucun argent n’a été remis, ou de la dernière remise d’argent dans le cas contraire. Ce délai est large, mais l’attendre n’a aucun avantage : les comptes utilisés par l’escroc disparaissent, les traces se perdent et la banque réagit mieux quand elle est prévenue tôt.
Étape 6 : signaler le profil et les contenus
Une plainte ne fait pas disparaître le profil de l’escroc, qui continue peut-être de piéger d’autres personnes. Deux signalements complémentaires méritent quelques minutes.
- Le site ou l’application de rencontre où l’escroc vous a abordé. Signalez son compte pour qu’il puisse être retiré. C’est un geste utile aux autres utilisateurs, en particulier à ceux qui n’ont pas encore été touchés.
- Pharos, le portail officiel de signalement des contenus illicites de l’internet. Il concerne des contenus ou comportements publics sur un site, un réseau social ou un forum. La page officielle indique que le signalement est traité par un policier ou un gendarme, que Pharos ne vous recontacte pas sauf exception, et que les données sont conservées deux ans. Si vous déposez une plainte physique, le signalement peut être transmis au service d’enquête. Pharos ne remplace donc pas la plainte, il la complète.
Étape 7 : se faire accompagner
Personne n’a à traverser seul cette période. Plusieurs services gratuits existent, chacun avec son rôle :
- France Victimes, 116 006 : appel et service gratuits, numéro d’aide aux victimes du ministère de la Justice, ouvert 7 jours sur 7 de 9 h à 19 h.
- Info Escroqueries, 0 805 805 817 : plateforme du ministère de l’Intérieur, appel et service gratuits, de 9 h à 18 h 30 du lundi au vendredi, qui conseille sur les démarches.
- Épargne Info Service de l’AMF, 01 53 45 62 00 : pour les placements financiers, cryptomonnaies comprises, afin de faire connaître l’escroquerie et d’être conseillé.
- Assurance Banque Épargne Info Service, 34 14 : du lundi au vendredi de 8 h à 18 h, pour les produits bancaires, d’épargne ou d’assurance.
- Un avocat, ou une association de consommateurs (Cybermalveillance.gouv.fr cite UFC-Que Choisir et la CLCV). Si vos ressources sont insuffisantes, vous pouvez demander l’aide juridictionnelle.
Si l’on vous menace en plus de diffuser des images intimes, ne traitez pas ce volet à part : notre article sur la sextorsion détaille les gestes propres à ce chantage, et la plainte peut couvrir les deux aspects.
Après la plainte : ce que l’on peut attendre
Il faut être honnête sur ce point, parce que les attentes déçues pèsent lourd. Une plainte ouvre la porte à une enquête, mais elle ne garantit ni l’identification de l’auteur ni la récupération des sommes. Retrouver un auteur qui masque son identité est difficile. Ce que la plainte apporte est précieux malgré tout : elle fait de vous une victime reconnue, elle documente votre dossier pour la banque, elle alimente le travail des enquêteurs, et elle vous donne un récépissé.
Continuez à surveiller vos comptes et vos messages. Si quelqu’un vous contacte pour vous annoncer qu’il a retrouvé votre argent contre des frais, vous savez ce que c’est.
Que dit la loi
L’escroquerie est le fait de tromper une personne, par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité ou par des manœuvres frauduleuses, pour la déterminer à remettre des fonds ou des valeurs. Elle est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 € d’amende (article 313-1 du Code pénal). Si un chantage s’y ajoute, le texte consolidé du Code pénal prévoit cinq ans et 75 000 € d’amende, portés à sept ans et 100 000 € lorsque le chantage est exercé en ligne au moyen d’images ou de vidéos à caractère sexuel, ou en vue d’en obtenir. Ces peines sont celles que la loi prévoit, pas celles que prononcera un juge dans votre dossier.
Et pour la suite
Réfléchir à ce qui est arrivé est légitime, et vous aurez le temps de le faire, sans vous juger. Quand le moment sera venu de reprendre confiance, le pilier sites et applications de rencontre aide à choisir un service avec plus de recul, et à reconnaître plus vite ce qui sonne faux. Reprendre ses rencontres après une telle épreuve n’est pas un manque de prudence : c’est la preuve que l’escroc n’a pas gagné.
Questions fréquentes
Faut-il avoir perdu de l'argent pour déposer plainte ?
Non. Service-Public précise qu'une plainte, comme un signalement sur THESEE, ne suppose pas qu'un versement ait eu lieu : une demande d'argent suffit.
Peut-on déposer plainte en ligne si l'on a rencontré la personne ?
Pas sur THESEE. Service-Public indique que la plainte en ligne pour une escroquerie aux sentiments suppose que la relation soit restée virtuelle. Si vous avez rencontré l'auteur des faits, vous pouvez porter plainte au commissariat ou à la brigade de gendarmerie de votre choix, ou écrire au procureur de la République.
Quelle est la différence entre un signalement THESEE et une plainte ?
Le signalement informe les services d'enquête de l'infraction pour les aider à identifier l'auteur, mais il n'est pas une plainte, et vous n'êtes pas informé des suites. La plainte, elle, fait de vous une victime qui dépose officiellement, avec un récépissé à la clé.
La police ou la gendarmerie peut-elle refuser d'enregistrer ma plainte ?
Service-Public indique que les services de police et de gendarmerie sont obligés d'enregistrer votre plainte si vous êtes victime d'une infraction, et qu'ils doivent la recevoir même si les faits ne relèvent pas de leur zone géographique. Un récépissé vous est remis à la fin de l'audition.
Où trouver de l'aide si je n'ai pas les moyens de payer un avocat ?
France Victimes (116 006, appel gratuit, 7 jours sur 7 de 9 h à 19 h) accompagne gratuitement les victimes dans leurs démarches. Service-Public ajoute qu'en cas de ressources insuffisantes, il est possible de demander l'aide juridictionnelle pour être assisté d'un avocat.